mercredi 28 janvier 2009

La marche d'ouverture en images




Entre le soleil, la pluie tropicale et les percussions, 100 000 personnes ont manifesté dans les rues de Belém pour inaugurer le 8 ème Forum Social Mondial. La marche a été caractérisée par son aspect social et divers : des sans terre, des sans toit, des syndicalistes, des jeunes militants, des féministes, des musiciens, mais aussi des personnes venues des quatre coins du monde. Parmi les affiches revendicatives de toutes sortes, on pouvait repérer les drapeaux palestiniens et kurdes.
A la différence des manifestations françaises (avant celle du 29 janvier ?), les groupes les plus nombreux étaient les jeunes de moins de trente ans et les femmes !
Voici quelques photos qui illustrent la dynamique et l'énergie ressenties durant la marche.

Les premiers pas de la marche

La délégation du CRID




Un autre monde est possible


















La jeunesse en action




L'identité indienne


Les mouvements sociaux et partis politiques brésiliens




La Palestine présente



100 000 personnes!!!!

Midia livrismo : pour des médias indépendants



Comment construire un autre monde et des Etats vraiment démocratiques si les outils d’information et de communication restent concentrés entre les mains de quelques grands groupes commerciaux ? La question commence sérieusement à se poser en France, elle est très présente au Brésil. Une demi-douzaine de grandes familles se partagent les radios et télévisions (production et diffusion), ainsi que la majorité de la presse écrite nationale. Le mouvement des midia livrismo (médias libres) est né dans ce contexte. Il est issu du mouvement pour la démocratisation de la communication qui , depuis les années 90, se bat contre l'hégémonie des grandes groupes de presse (Globo, RBS, SBT…).

Une première rencontre a eu lieu en juin 2008 à Rio pour bâtir les bases du mouvement. Différents producteurs d’information se sont fédérés en son sein : blogs, sites journalistiques, revues papiers, radios « communautaires » (radios associatives) et pionniers des logiciels libres (téléchargeables gratuitement). Les nouvelles technologies de l'information constituent leur outil de prédilection. « Quand vous allumez votre ordinateur, vous êtes à la fois récepteur et producteur d’information. Vous êtes en interaction », explique Sérgio Amadeus, professeur à l’université Casper Libero. « Pour la première fois, nous avons des réseaux de médias qui ne sont pas nationaux mais transnationaux. C’est un réseau qui n’a jamais de fin, qui ne peut pas être placé sous contrôle. Pour créer un site ou un portail pour affronter la presse conservatrice, vous n’avez besoin de l’autorisation de personne. » Selon lui, c’est la grande différence entre la « communication distribuée » par les grands médias commerciaux, et la « communication décentralisée ». Sergio Amadeus pointe cependant la menace de concentration que représente Google ou Yahoo avec leurs déclinaisons (gmail, blogspot…).

Le mouvement des médias libres profite de ce FSM pour organiser le 1er Forum mondial de médias libres qui se veut un lieu de rencontre entre différentes personnes « qui produisent de l'information tout en ayant en commun une certaine manière de la partager, d'échanger les expériences et de proposer des nouvelles politiques publiques concernant les médias », explique Renato Rovai, rédacteur en chef de la revue Forum. « Nous voulons aussi proposer des nouvelles formes de langages qui se distinguent du langage des médias conventionnels ». Pour l’universitaire Ivana Bentes, les grands médias « colonisent notre imaginaire ».

Démocratiser le métier de journaliste

Au Brésil, pour exercer le métier de journaliste, il faut passer par les bancs des universités. Une tendance également très forte en France où il est de plus en plus difficile d’obtenir une carte de presse sans passer par les écoles de journalisme reconnues. Le midialivrismo va contre cette pratique, synonyme de corporatisme. « J'étais interpellé par plusieurs collègues qui me disent de faire attention à mes propos », raconte Rovai. Mais il ne croit pas à la fin du métier. « Il y a des personnes de tous horizons qui sont producteurs d'information. A l’exemple des motoboys (les coursiers, au nombre de 120.000) de la ville de São Paulo. Ils sont des milliers à traverser la mégalopole pendant la journée et à alimenter le blog de l'association de motoboys. Aucun journaliste ne peut rivaliser avec les informations qu’ils rassemblent. Ils ont une vision privilégiée de la ville. Mais les grandes rédactions seront toujours composées par des journalistes ».

Médias libres ou médias alternatifs ?

Selon Renato Rovai, médias libres et alternatifs se distinguents. « Ici, les médias alternatifs qui nous connaissons ont été créés par la génération d’après mai 68. Ils se caractérisent par un journalisme engagé, qui luttait contre la dictature militaire. Le mouvement midialivrismo compte beaucoup de gens de gauche et engagés, mais ce n'est pas la base du mouvement. C'est un mouvement davantage pluriel et diversifié ».

Les médias libres ont gagné une première bataille. Ils ont invité des représentants du ministère de la culture brésilien à venir au FSM pour présenter le partenariat qu’ils ont conclu avec le gouvernement : des « points médias ». C'est un projet inspiré des « points de culture », où des associations, ONG et mouvements sociaux animent des lieux financés par le gouvernement fédéral. « Dans notre cas, les financements ne sont pas énormes, mais cela pourra permettre à des jeunes qui animent un blog de s'en occuper de manière plus professionnel », explique Novai. Pour le mouvement midialivrismo, Belém est l’occasion de construire des alliances au niveau international.

« Nous devons sortir du discours larmoyant sur la domination du capitalisme qui nous empêche d’avancer et créer de nouveaux outils technologiques, de compréhension et d’informations », assène Ivana Bentes. Reste à inventer le modèle économique.

lien sur le site du forum Midia livre (en portugais)

Erika CAMPELO (Ritimo)

Nos photos sur basta !


D'autres photos de Julio, Anaïs, Marta et Alessandro illustrent l'édition spéciale consacrée au Forum Social Mondial 2009 par le magazine en ligne Bastamag.net
lien vers le site

Soirée inaugurale sur le bateau CRID

Le 26 janvier, le CRID organisait une soirée d'accueil pour présenter aux membres de sa délégation les organisations participantes, leurs partenaires, alliés et amis. On a pu constater, comme chaque année, que l'immense majorité des 350 personnes présentes participaient pour la première fois au FSM.

La soirée a permis de faire la connaissance des représentants des organisations venues à Belèm à l'invitation des associations du CRID, en provenance de 32 pays d'Asie, d'Amérique Latine, d'Afrique, d'Europe de l'Est... Les associations membres et les organisations alliées ont également pris la parole pour dire un mot de leur présence au FSM.

Chico Withaker, Odede Grajew, co-fondateurs du FSM, et Gus Massiah, président du CRID, ont ensuite donné leurs visions des enjeux du FSM 2009, dans un environnement de crise systémique.

Morceaux choisis :

Chico Withaker

Chaque forum mondial, depuis le début, est différent de celui d'avant. On a fait trois forum au Brésil (2001, 2002, 2003). Dès le premier, on s'est dit qu'il fallait Vivre cette aventure ailleurs aussi. (...) En 2004, le forum s'est déroulé à Mumbay, ensuite nous sommes revenus au Brésil en 2005 puis il y a eu le forum polycentrique (Vénézuela, Pakistan, Mali), ensuite Nairobi au Kenya en 2007. En 2008, autre format : des réunions un peu partout dans le monde. En 2009 nous retournons au Brésil, dans ce point focal de la problématique écologique et en pleine crise du monde que nous voulons dépasser, car nous pensons toujours qu'un autre monde est possible.

Ce processus d'apprentissage que nous voulons, fait que chaque forum est plein plein de nouveautés, et plein plein de problèmes. Donc vous allez voir ici plein de problèmes à résoudre vous-mêmes. N'attendez pas que tout marche comme une montre, ça va marcher dans la confusion totale !....

L'objectif que nous avons c'est de mettre en rapport toutes les forces qui veulent changer le monde, qui ne se connaissent pas nécessairement, qui sont parfois isolées, ou qui sont en compétition les unes avec les autres, mettre tout ce monde dans un espace d'apprentissage mutuel, d'identification des connaissances, d'identification communes. Mais tout cela ne peut se construire que du bas vers le haut. (...) Toutes les activités proposées ici, ce sont les participants qui les ont inscrites, et chacun choisit sa façon de faire les choses.

Qui dit bas vers le haut, dit co-responsabilité. Et c'est pour ça que toute la confusion qui est créée au forum va se résoudre naturellement, parce c'est notre responsabilité à tous.

Première innovation pour ce forum, on ne peut pas venir ici discuter des problèmes du monde et de la crise, sans discuter des problèmes de l'Amazonie. A Nairobi, on avait demandé aux Africains d'identifier un certain nombre de problèmes qu'il fallait mettre en avant. Mais on a traités ces problèmes au milieu de toutes les autres activités et ils ont disparu. Cette fois, il y aura une journée Pan-amazonienne qui sera consacrée à la problématique de l'Amazonie.

Une autre innovation importante ; depuis le début, nous avons toujours essayé de faire des propositions d'actions, sans vraiment y réussir. Cette fois si un atelier a des propositions à faire et veut qu'elles apparaissent, il y aura pour cela des places de convergences. Si d'autres convergences, encore plus poussées, sont demandées, il y aura des assemblées thématiques.

Odede Grajew

Le choix de Belem et de l'Amazonie est un choix très symbolique parce que, ici, on peut voir les risques du capitalisme sauvage mais aussi des alternatives, d'autres formes de développement, d'autres formes de culture

Notre problème pour construire un autre monde n'est pas un problème de ressources – puisque on a vu récemment que des milliards de dollars sont apparus pour sauver le système financier et des entreprises.environnement

Gustave Massiah

Au CRID, nous sommes arrivés à la conclusion : la solidarité internationale, c'est la dimension internationale de la solidarité. La solidarité internationale, ce n'est donc pas exotique, ce n'est pas ce que l'on va faire ailleurs.

Et le forum social mondial, c'est un des éléments principaux de l'évolution du CRID et de la construction de sa nouvelle identité.

Le Forum social mondial est un lieu de débat stratégique, c'est un lieu dans lequel tous les mouvements citoyens et sociaux réfléchissent à comment répondre aujourd'hui aux questions qui nous sont posé et comment préparer une transformation plus radicale, dans le sens de prendre les problèmes à la racine.

Le forum social mondial est l'espace dans lequel se construisent ces nouveaux rapports sociaux mondiaux sur une base d'égalité. Le partenariat est une valeur car je fais l'hypothèse qu'on peut construire de l'égalité même quand on est dans des conditions différentes. C'est volontairement qu'on dépasse les conditions inégales pour construire ensemble de l'égalité.

Si nos partenaires n'étaient pas là, nous serions incapables de comprendre le forum social mondial, incapable de comprendre que cet espaceest l'espace de dépassement de la contradiction nord sud.

La diversité du forum réside dans le fait qu'il n'écrase pas les contradictions. L'une des phrases que je trouve très belle dans la charte du Forum, c'est : "nul ne peut prendre de décision pour tout le monde."


lien sur la conférence audio intégrale

merci à glob radio